Au fil des mots: “l’héritage arabe dans la langue française”

 

Dans les souks animés, l’amiral des mers règne en maître. Parmi les trésors qu’il découvre, l’abricot sucré, le café parfumé et le sucre précieux évoquent les richesses de l’Orient.

Et si l’on vous disait que plusieurs mots d’origine arabe se sont glissés dans les deux lignes précédentes. En effet, souks; amiral; abricot; café; sucre font aujourd’hui partie du vocabulaire français, mais autrefois, ils faisaient uniquement partie de la langue arabe.

Cette dernière, en raison de sa richesse lexicale, occupe la troisième position après l’anglais et l’italien en termes d’influence sur le français.  C’est en effet entre 400 et 600 mots d’origine arabe que l’on retrouve dans nos dictionnaires français. Les échanges linguistiques entre l’arabe et le français remontent à plusieurs siècles, témoignant des contacts historiques entre les monde arabophone et francophone, notamment durant l’expansion du monde arabo-musulman [à partir du VIIe siècle] et lors des croisades [1095-1291]. Précisons aussi que de nos jours, la présence de mots d’origine arabe dans le français témoigne encore d’une influence culturelle et linguistique continue de l’arabe auprès de la société française. En effet, le français est une langue vivante en constante évolution et à côté d’anglicismes, on trouve des mots comme : “kiffer” qui désigne le plaisir et l’amusement, “avoir le seum” qui signifie être frustré, en colère, “la mousson”, ce vent tropical saisonnier vient de l’arabe “mawsim”, etc.

Arrêtons-nous sur quelques mots choisis, afin de pénétrer plus profondément dans leur essence et de saisir plus clairement leur signification.

Commençons par le mot « algèbre ». Provenant du terme “al-djabr”, un terme mathématique autrefois utilisé dans un traité du IXe siècle, du mathématicien al-Khārezmī, il désigne un procédé de calcul consistant à ajouter un même nombre aux deux membres d’une égalité. Le mot s’est ainsi diffusé en ayant un impact révolutionnaire sur le développement des mathématiques et des sciences en Occident. 

Poursuivons avec le mot « assassin ». Dérivé du terme « Hachachin », il s’agit d’une secte d’assassins implantés de Syrie à la Perse, ils utilisent le meurtre politique.  À l’origine des Assassins, Hassan Sabah, converti à l’ismaélisme [branche du chiisme], il entre en Perse et se donne pour objectif de combattre les Seldjoukkides, un empire turc de branche sunnite. Leur nom a été transmis et popularisé en Europe par les Croisés, autrefois témoins de leurs méthodes. 

Enfin, parmi ces mots dont l’usage est loin d’être rare, le mot « carafe » emprunté à l’italien « caraffa », lequel est un emprunt à l’arabe « gharrāfa ».  L’origine du mot remonte au XVIe siècle, il signifie « pot à boire ».

Ces mots d’origine arabe, insérés dans notre langue française, sont bien plus que des éléments de vocabulaire. Ils sont les témoins muets des échanges culturels séculaires, des rencontres entre les peuples et des influences croisées qui ont enrichi notre héritage linguistique. En les ayant observés ensemble, nous nous sommes quelque peu plongés dans les méandres de l’histoire humaine, où chaque mot devient le reflet d’une connexion profonde entre les civilisations.